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 Nos collections

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Lucien

Lucien
Date d'inscription : 06/04/2010
Localisation : Vevey
Emploi : retraité (à 65 ans)

Nos collections Vide
MessageSujet: Nos collections   Nos collections Icon_minitime1Mar 24 Aoû 2010 - 23:40

Nos collections

Lorsque nous regardons nos modèles réduits, nous faisons inconsciemment un gros travail mental (1) d’abstraction de tout ce qui les entoure et qui n’est pas en miniature (le plancher, le tapis, les murs, le canapé, la plante verte, la bibliothèque, le plafond, etc.) et (2) de reconstitution imaginaire de tout ce qui manque à nos modèles réduits pour les entourer dans l’univers idéal en miniature que nous recréons mentalement autour d’eux.

Ce travail mental de reconstitution de l’idéal imaginaire, et d’abstraction de ce qui est indésirable dans le réel, travail qui occupe constamment notre esprit pour nous permettre d’évoluer dans l’univers virtuel à l’échelle de notre collection (1 :50e ou 1 : 87e ou autre) est un travail épuisant pour l’intellect. En effet, nos lobes cérébraux doivent constamment trier dans les images qu’ils reçoivent, et y effectuer un travail de maquillage en essayant d’en abstraire ce qui n’est pas en miniature et d’y ajouter ce qui y manque. Nous ne nous en rendons pas compte, mais cet épuisant travail mental de maquillage de la réalité procure une souffrance inconsciente.

En plus du fait que la réalité qui nous entoure nous impose ses dures limites sur différents plans (hélas, l’espace manque toujours à nos dioramas, leur horizon est toujours bouché), l’éventail des miniatures et accessoires disponibles sur le marché n’est pas infini non plus. Il en résulte une frustration multiforme, assimilable à une sorte de claustrophobie, malaise de l’enfermement dans un espace au 1 :50e trop restreint (toujours trop réduit à notre goût) qui nous amène à consulter frénétiquement les catalogues à la recherche d’une éventuelle nouveauté à la même échelle, nouveauté qui nous apparaît alors comme la solution, la porte ouverte vers l’espace virtuel de notre imaginaire qui nous permettra, croyons-nous, de nous affranchir de notre cuisant enfermement et de diminuer notre inconsciente souffrance.

Sitôt sorti un nouveau modèle dont le prix nous paraît abordable, il nous apparaît comme le remède miracle, il devient un phantasme qui nous colle à l’esprit et se met à nous hanter nuit et jour. Nous devons absolument nous le procurer. À ce stade idyllique où nous ne le touchons pas encore physiquement et qu’il fait encore partie du domaine imaginaire, nous l’idéalisons en le revêtant de toutes les qualités. Finalement, nous nous décidons à nous le procurer, L’attente de sa livraison est un supplice. Enfin, il arrive et nous le déballons en hâte.

Vient alors l’examen de la conformité du modèle réduit à l’idée que nous nous en faisions. C’est là que se télescopent deux mondes qui se confrontent : le monde idéal imaginaire de la miniature dont nous rêvions, et le monde tangible du réel : le monde du modèle réduit, bien réel quoique en miniature, qui nous est livré physiquement et qui, de ce fait même, quitte le domaine du rêve en entrant dans notre monde réel à nous dont font partie l’emballage du modèle, la table sur laquelle il est posé et le plafond qui le surplombe.

La confrontation du modèle réel en miniature que nous recevons physiquement avec l’idée que nous en faisions auparavant est toujours une transition intense, faite d’un mélange d’émerveillement devant ce qui s’avère être parfois mieux encore que nous l’imaginions, et de cruelle déception devant d’autres aspects de la miniatures, que nous imaginions différemment (sans parler des éventuels dégâts qui peuvent survenir au déballage, où la casse est fréquente).

Passé ce stade où nous découvrons et essayons délicatement les différentes fonctionnalités de notre nouveau modèle, arrive le moment où son attrait s’épuise peu à peu. L’attrait du nouveau modèle dure tant que son aspect change, tant que son aspect se renouvelle selon les différents angles de vue en fonction des attitudes qu’on peut lui conférer, tant qu’il parvient à générer de nouveaux clichés visuels. L’épuisement de l’attrait du modèle survient lorsqu’il ne parvient plus à générer et fournir des aspects visuels inédits. Cela arrive d’autant plus tard que le modèle possède de nombreuses fonctionnalités qui, conjuguées, offrent une variété quasi infinie de configurations différentes. On comprend aisément que l’attrait d’un tombereau dont on ne peut mouvoir que la benne et les roues directrices, si riches que soient par ailleurs ses menus détails, s’épuisera plus rapidement que celui d’une grue télescopique complexe, dont les fonctionnalités conjuguées permettent d’obtenir, par leurs possibilités virtuellement infinies de configurations, une quantité pratiquement inépuisable de nouveaux aspect visuels.

Mais plus le détail du modèle est riche et ses fonctionnalités nombreuses, plus cuisant sera le contraste qu’il offre avec la douloureuse réalité qui l’entoure (le bureau, l’ordi, les bouquins, le verre de bière) et qui vient brutalement nous rappeler les limites du réalisme de la miniature. Le phantasme nous reprend alors par bouffées en nous présentant comme nécessaire – indispensable – tel ou tel accessoire ou modèle réduit auxiliaire qui semblent cruellement manquer au tableau, et dont l’absence supposée est rendue responsable du malaise.

Cette frontière entre le réel et l’imaginaire que notre esprit s’épuise ainsi à vouloir rendre étanche n’est qu’un leurre : chaque nouveau modèle ne fait qu’élargir la spirale du problème : plus riche et détaillée sera notre collection, plus vaste et complexe sera la frontière du monde imaginaire à défendre mentalement contre l’impitoyable et incontournable monde réel…

Et le cycle infernal reprend : Limites du réalisme > frustration > claustrophobie > apparition d’un nouveau modèle > phantasme > semble remédier au problème -> on ne dort plus tant qu’on ne s’est pas procuré ce nouveau modèle > on l’obtient enfin > confrontation du nouveau modèle au phantasme qu’il générait > épuisement graduel de l’attrait > ne fait que repousser encore un peu les limites du problème -> retour à la case départ…


Voici, pour conclure, quelques citations empruntées à ceux qui savent :

Le collectionneur ne se séparera d'une pièce de sa collection que pour certaines raisons, qui ne sont jamais d'abord financières, mais toujours affectives: un désaveu d'un achat ancien qu'il regarde aujourd'hui comme une erreur de jeunesse, un besoin de plus de rigueur dans les critères de sélection, un défaut d'investissement de désir de la part d'un objet, ou d'autres motifs semblables qui tous peuvent être lus comme une incapacité de l'objet promis au sacrifice à répondre à l'imaginaire de son propriétaire.
[Claude Ritschard http://www.bergerfoundation.ch/Un_regard/french/claude.html ]


Le collectionneur, s'il sollicite des avis, le fait moins pour être véritablement conseillé
que pour mettre à l'épreuve sa propre détermination

[Claude Ritschard http://www.bergerfoundation.ch/Un_regard/french/claude.html ]


I'm afraid there is no cure for this other than running out of money.
(Je crains qu’il n’y ait d’autre remède à cela que d’arriver à court d’argent)
[Ian Webb (CranesEtc), 6 juillet 2009]


Lucien, août 2010
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André

André Admin
Date d'inscription : 20/02/2010
Localisation : FRANCE, le plus beau pays du monde
Emploi : Les grues dans tous leurs états

Nos collections Vide
MessageSujet: Re: Nos collections   Nos collections Icon_minitime1Mer 25 Aoû 2010 - 0:02

Magnifique pamphlet Lucien mais tu me fait soudain très peur affraid . Je n'avais pas conscience que mon état mental était si bas scratch

Tu viens de dire que plus grosse est la collection et plus on est un malade qui s'ignore. Bravo, maintenant je stress grave Embarassed :lol: Rolling Eyes :pano_danger2mo :silent: :pale:

Je me sentais si bien il y a quelques minutes...

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André, Gruophile !
Administrateur du Forum Français du Levage


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